tapisserienom féminin(de tapis) Cet article fait partie du DOSSI


Au XVIIIe s., tandis qu'apparaissent des innovations techniques (métier basculant de Vaucanson), de grands peintres collaborent avec les Gobelins, de Desportes à Boucher. Sous l'impulsion d'Oudry, on tisse des reproductions de tableaux des peintres de l'époque, le tapissier devant désormais donner à ses ouvrages « tout l'esprit et toute l'intelligence des tableaux en quoi seul réside le secret de faire des tapisseries de première beauté » : la tapisserie en tant qu'art original a vécu. Après la Révolution, aux modifications d'ordre administratif viennent s'en ajouter d'autres, d'ordre esthétique, dues aux changements successifs de régime, et donc de commanditaires. En 1826, les ateliers de la Savonnerie (tapis) seront rattachés aux Gobelins. Après un certain déclin, aggravé par un incendie sous la Commune, les Gobelins connaîtront un renouveau au début du XXe s., qui cherchera à faire de la tapisserie un art autonome dépassant la seule imitation de la peinture.BeauvaisEn 1664, la manufacture de Beauvais, entreprise privée, se voit accorder, par lettres patentes, la protection du roi. Toutefois, l'atelier travaillera à la fois pour la Couronne et pour des particuliers : au XVIIIe s., sous la direction d'Oudry, qui joint la direction de Beauvais à celle des Gobelins, en sortiront la tenture des Fables de La Fontaine, puis un Don Quichotte d'après les cartons de Natoire et une Suite chinoise d'après ceux de Boucher. À la fin du XVIIIe s., la manufacture se limitera au tissage à basses lisses de garnitures de sièges, laissant aux Gobelins la tenture murale exécutée à hautes lisses. Elle sera rattachée au Mobilier national en 1794, et plus tard, en 1936, aux Gobelins, où ses métiers seront transférés après la Seconde Guerre mondiale, ses bâtiments ayant souffert des bombardements en 1940.AubussonÀ Felletin s'étaient installés dès le début du XVe s. les premiers ateliers de tapisserie de la Marche, à basses lisses. Ils seront bientôt supplantés par les ateliers voisins d'Aubusson, autorisés par Colbert à se déclarer Manufacture royale ; à ce titre, les tapisseries qui y étaient produites pouvaient être bordées, comme celles de Beauvais ou des Gobelins, d'une lisière bleue (couleur royale), tandis que celles de Felletin le sont de brun. L'École nationale d'art décoratif s'ouvrira en 1884 à Aubusson, où les ateliers des Gobelins et de Beauvais se replieront au cours de la Seconde Guerre mondiale.De Londres à MadridOn retrouve dans le reste de l'Europe l'évolution qui s'était produite en France au XVIIIe s.AngleterreUn atelier travaillant à hautes lisses avait été installé vers 1620 à Mortlake, à l'ouest de Londres, et placé sous la direction de Francis Crane. Cet atelier a produit en particulier les Actes des Apôtres d'après Raphaël (Charles Ier s'étant rendu acquéreur des cartons), l'Histoire de Vulcain et Vénus, les Douze Mois, la série des Marines. À Merton Abbey, près de Londres, William Morris fondera en 1861 une manufacture à laquelle les préraphaélites donneront des cartons dans le goût médiéval.AllemagneAprès la révocation de l'édit de Nantes en 1685, des colonies d'émigrés avaient ouvert des ateliers en Allemagne, à Berlin, Dresde, Munich, villes qui n'en possédaient pas auparavant.Italie et EspagneEn Italie, seuls ou presque demeurent les ateliers de Rome pour l'entretien des collections vaticanes, tandis qu'en Espagne la manufacture de Santa Bárbara est fondée en 1720 par Philippe V, qui la confie au basse-lissier anversois Van der Goten. Le Français Antoine Langer adjoindra bientôt un atelier de haute lisse à la manufacture madrilène, où seront tissées des tapisseries d'après des œuvres anciennes – de Raphaël, Guido Reni, Teniers – ou d'après des cartons contemporains – dus au Français Michel-Ange Houasse, premier peintre de Philippe V, à l'Italien Andrea Procaccini (Don Quichotte) et, surtout, à Francisco de Goya, qui en fournira au moins 43.RussieL'empereur Pierre le Grand a fondé des ateliers en Russie, qui furent dispersés à sa mort (1725).La tapisserie contemporaineLa décadence qui s'annonce à la fin du XVIIIe s. se précipite au XIXe s., et ce n'est qu'au cours des années qui précédèrent – et surtout celles qui suivirent – la Seconde Guerre mondiale que renaît la tapisserie murale en France et dans plusieurs pays d'Europe. La tapisserie doit d'avoir retrouvé son génie propre et d'avoir rencontré à nouveau une audience mondiale à Jean Lurçat (1892-1966) et aux peintres qu'il entraîne à sa suite, réunis pour la plupart dans l'Association des peintres-cartonniers de tapisserie, légalement constituée en 1947. Parmi eux se distinguent particulièrement Jean Picart le Doux, dom Robert, Jacques Lagrange, Louis Marie Jullien, Marc Saint-Saëns, Mathieu Matégot, Mario Prassinos et Michel Tourlière. À ces noms s'ajoutent, plus occasionnellement, ceux de Dufy, Picasso, Matisse, Miró, Léger, Le Corbusier ou Sonia Delaunay, dont on tisse les modèles à Beauvais ou à Aubusson. La crise de la tapisserie, qui en France avait vu le nombre de lissiers tomber à 400 entre 1925 et 1930 (au milieu du XVIe s., on comptait 100 000 lissiers), fut enrayée. On remet au goût du jour l'emploi des colorants naturels, tandis que la manufacture des Gobelins et les ateliers d'Aubusson donnent à l'art de la tapisserie une nouvelle impulsion.Mais ce réveil n'était fondé somme toute que sur un renouvellement des motifs, dû à des peintres-cartonniers, certes de talent, dont les modèles sont repris par les grandes manufactures, auxquelles vont s'opposer dans les années 1960 plusieurs ateliers apparus en France. À Paris, la galerie La Demeure joue un rôle important dans cette évolution, tandis que les artistes tendent de plus en plus à tisser eux-mêmes leurs œuvres, jusqu'à ce que, le centre de la tapisserie s'étant déplacé à Lausanne, lieu d'une importante biennale, la tapisserie, échappant désormais au métier, et donc à sa stricte définition, se fasse tridimensionnelle. De ce goût pour le volume et de l'émergence des femmes dans l'art de la tapisserie témoignent les œuvres douloureusement expressives de la Polonaise Magdalena Abakanowicz, celles, joyeusement colorées, de l'Américaine Sheila Hicks ou les effets de matières brutes de la Yougoslave Jagoda Buic.
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