alcoolismenom masculin Cet article fait partie du DOSSIER consac


La survenue de l'alcoolisme est liée à des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. La prise en compte de l'ensemble des connaissances relatives à ces différents facteurs a donné naissance à une discipline médico-sociale, l'alcoologie, enseignée au cours des études médicales, et entrant dans la formation des spécialistes en santé publique. L'alcoolisme est une maladie complexe, relevant d'une prévention, d'une thérapie, d'un soutien.
Aspects biologique et médicalL'action des boissons alcoolisées sur l'organisme est essentiellement due à l'alcool éthylique. À faible dose, il est le plus employé de tous les stimulants, mais devient toxique pour l'organisme quand il est consommé en grande quantité ou de façon répétée.Devenir de l'alcool dans l'organismeL'alcool ingéré est absorbé par la muqueuse gastro-intestinale et passe dans le sang en l'espace de 15 à 30 min (à jeun) : plus la concentration (ou degré) d'alcool est élevée, plus l'absorption est rapide et l'alcoolémie (quantité d'alcool dans le sang, exprimée en grammes par litre de sang [g/l]) élevée. La vitesse de l'absorption de l'alcool par l'estomac est amplifiée par la présence d'aliments riches en protéines.Véhiculé par le sang, l'alcool diffuse rapidement vers 80 % des organes. Si le consommateur ne dépasse pas 0,2 g/l, une faible quantité sera éliminée, au fur et à mesure de l'absorption, dans l'air exhalé, l'urine et la salive, tandis que la plus grande partie est oxydée par les enzymes du foie, en fournissant 7 cal/g. D'autre part, la proportion de tissus adipeux du buveur influe sur la rapidité de l'élimination : l'obèse tolère mal l'alcool, car celui-ci diffuse moins bien.L'intoxication alcooliqueÀ l'absorption rapide et excessive de boisson alcoolique succède immédiatement l'intoxication alcoolique aiguë, qui peut se traduire par un état d'ivresse, réversible, car disparaissant à mesure que l'alcool est éliminé. Elle dépend aussi de la fréquence de l'ingestion d'alcool et de la quantité ingérée. L'imprégnation est permanente à partir de 2 l de vin (à 10°) par jour.L'intoxication alcoolique chronique, ou alcoolisme proprement dit, est une toxicomanie. À l'habitude succède le besoin de boire ; des symptômes de sevrage apparaissent en cas d'arrêt brutal de la consommation. On différencie deux formes d'alcoolisme, primaire et secondaire, selon que la conduite alcoolique est le premier trouble installé chez un sujet ou qu'elle s'installe chez un sujet déjà porteur d'un trouble mental ou d'un désordre de la personnalité.Dans tous les cas, l'imprégnation alcoolique crée un affaiblissement général de l'organisme qui le sensibilise aux infections (l'absentéisme pour cause de maladie est de trois à quatre fois plus élevé chez les personnes alcolliques).Les effets de l'alcoolisme sur l'organismeLes effets neuropsychiques se traduisent par des troubles du sommeil, des facultés intellectuelles et du caractère.Le delirium tremens, délire hallucinatoire accompagné de tremblements intenses, peut apparaître brusquement soit après l'arrêt brutal de la consommation d'alcool, soit lors d'une infection aiguë ou d'un traumatisme.L'intoxication alcoolique chronique s'accompagne d'une atteinte progressive du système nerveux, qui peut aboutir à une polynévrite (maladie des nerfs périphériques se traduisant par des douleurs, une atrophie des muscles des jambes et des troubles de l'équilibre) ou à la démence alcoolique (atrophie du cortex cérébral, qui touche toutes les fonctions intellectuelles du buveur et peut nécessiter son internement définitif).Les autres complications de l'alcoolisme chronique sont digestives, avec la gastrite (inflammation de l'estomac), la pancréatite (inflammation du pancréas) aiguë ou chronique et la cirrhose du foie (sclérose des cellules du foie souvent surchargées en graisse). Toutes ces complications digestives peuvent dégénérer en cancer. L'alcool a aussi un rôle nocif sur l'appareil cardio-vasculaire (hypertension artérielle) et sur les yeux.En plus de ces pathologies touchant directement le buveur, les praticiens sont confrontés au syndrome d'alcoolisation fœtale, conséquence de la consommation d'alcool par la mère. Celle-ci peut provoquer chez le nouveau-né différents troubles selon le degré d'intoxication de la mère. Parmi les conséquences les plus graves figurent des malformations du crâne et de la face, un retard de croissance, un déficit intellectuel.La mortalité due à l'alcoolismeLe taux de mortalité lié à l'alcoolisme correspond à la somme des décès directement imputables à l'abus d'alcool (psychoses alcooliques, cirrhoses hépatiques) et des décès indirectement causés par cet abus (80 % des cancers de la bouche, du larynx, du pharynx et de l'œsophage, 50 % des victimes d'accidents de la route, d'accidents domestiques et du travail, et une partie des décès par suicide). L'alcoolisme est ainsi responsable d'environ 35 000 décès par an en France (7 % des décès masculins et de 2 % des décès féminins), où il représente la troisième cause de mortalité après les maladies cardio-vasculaires et les cancers. En moyenne annuelle, sur la période 1995-1997, la cirrhose du foie, à elle seule, tuait 8 900 personnes, et la psychose alcoolique 2 400.Aspects sociauxLes consommateurs d'alcoolEn France, on note une diminution de la consommation de vin concomitante à une augmentation de celle de bière et d'alcools forts. Cependant, on constate une augmentation de la consommation d'alcool chez les sujets jeunes, les adolescents notamment, et chez les femmes ; de plus, l'augmentation de l'espérance de vie a entraîné l'apparition de l'alcoolisme du sujet âgé. Synonyme de convivialité, l'alcoolisme touche tous les milieux socioprofessionnels. Les causes de cette maladie ne sont pas réductibles à un milieu ou à une profession défavorisés. Il faut les rechercher dans un ensemble économique et social, mais aussi psychique et biologique, propre à l'individu concerné.Quelques chiffresEn France, sur 4 500 000 buveurs excessifs, on estime à 2 millions le nombre d'alcooliques dépendants, dont 600 000 femmes (Haut Comité d'études et d'information sur l'alcoolisme). De plus, l'alcoolisme est un facteur de risques, directs ou indirects, pour environ 15 % des maladies : 13 % des malades séjournant en milieu hospitalier présenteraient des troubles liés à l'alcoolisme.Dans l'ex-URSS, l'alcoolisme est responsable d'une baisse de 10 % de la production industrielle ; de 150 à 160 millions d'habitants sont buveurs d'alcool, dont 5 à 6 millions sont alcooliques (8,5 l/h./an). Dans cette région, 1 enfant sur 6 naît avec des séquelles de l'alcoolisme maternel, et un million de personnes meurent chaque année des méfaits directs ou indirects de l'alcool.La conduite en état d'ivresseEn France, environ 40 % des responsables d'accidents mortels ont un taux d'alcoolémie supérieur à 0,8 g/l. Dès que l'on dépasse cette limite, les risques de provoquer un accident sont multipliés par 10 (par rapport à un conducteur sobre). Sur les 8 à 9 000 morts que compte la France sur la route chaque année, la moitié est directement liée à l'alcoolisation des conducteurs. Depuis les années 1960, le législateur est intervenu de plus en plus sévèrement contre l'alcoolisme au volant. En 1970, une loi autorisait la police et la gendarmerie à soumettre au contrôle d'alcoolémie tout automobiliste impliqué dans un accident de la route, qu'il manifeste ou non des signes d'ivresse.La loi du 12 juillet 1978 a permis le contrôle préventif (dépistage) de l'alcoolémie, en l'absence de tout accident et de toute infraction. Le nombre de dépistages de l'alcoolémie, qui ne cesse d'augmenter, était de 7 422 337 en 2000, dont 100 756 de positifs. La loi du 8 décembre 1983 a transformé en délit la conduite en état d'ivresse à partir de 0,8 g/l. Le décret du 11 juillet 1994 sanctionne par une contravention la conduite caractérisée par un degré d'alcoolémie compris entre 0,7 et 0,8 g/l. La loi du 15 septembre 1995 a abaissé ce taux à 0,5 g/l. Désormais, le conducteur qui présente un taux d'alcoolémie compris entre 0,5 et 0,8 g/l risque une contravention et un retrait de points sur son permis. Au-delà de 0,8 g/l, la conduite constitue un délit passible de sanctions sévères : une amende jusqu'à 4 500 euros, de 2 mois à 2 ans de prison, assortis d'une suspension du permis de conduire et la perte de points sur son permis à points.Facteurs de risque dans l'apparition de l'alcoolismeL'alcoolisme résulte de la combinaison de facteurs divers.Facteurs socioculturelsLes types de rapport d'une société à l'alcool (permissivité, incitation ou interdiction) influent sur le taux et les modes de l'alcoolisation. L'une des difficultés majeures de la prise en charge des alcooliques tient au fait que l'abstinence, pourtant préconisée aux malades, se heurte à des pressions culturelles incitant fortement à boire et reboire.Facteurs génétiquesIls interviennent par l'intermédiaire de différences innées dans l'équipement enzymatique qui favoriseraient chez certains l'usage excessif de l'alcool (dépendance).Facteurs biochimiquesL'alcool éthylique altérerait la structure de la membrane des neurones, la rendant anormalement rigide et tolérante à l'alcool. Sans alcool, elle devient incapable de maintenir ses fonctions physiologiques (syndrome de sevrage).Facteurs psychopathologiquesLes théories à ce sujet sont très variées. Quelquefois, l'alcoolisme est associé à un historique familial de type maniaco-dépressif (famille désunie, carence d'autorité paternelle, séparation précoce du milieu familial, mauvais climat affectif et relationnel dans la famille). Chez l'adolescent et l'adulte, certains troubles mentaux (anxiété, dépression, phobies) ou certains types de personnalités pathologiques (états limites) favoriseraient l'apparition d'alcoolismes secondaires. Il est certain que l'alcoolique, comme tout consommateur de drogue, partage des sentiments de solitude, d'anxiété ou de dépression, mais il est impossible de définir une personnalité type appelée à devenir alcoolique.La prise en charge de l'alcoolismeHormis les cures de sevrage, il n'existe actuellement aucun véritable traitement de la conduite alcoolique. L'alcoolisme est un comportement pathologique qui, impliquant toujours un sujet et son environnement, détériore à des degrés divers la santé physique et mentale du patient, la structure familiale, et l'adaptation professionnelle et sociale. La prise en charge de cette conduite est ainsi idéalement multidisciplinaire (généralistes, alcoologues, psychiatres, travailleurs sociaux et anciens malades sont appelés à collaborer), et implique une relation solide et durable avec les équipes soignantes.Cures de sevrageLes cures de sevrage, dont le principe général est le sevrage total et brutal d'alcool sous surveillance médicale, peuvent être réalisées en consultation externe, en centre spécialisé, ou dans un service de médecine ou de psychiatrie.Un traitement médical associé, presque toujours nécessaire, a pour objet de prévenir les incidents et accidents du sevrage, d'assurer au sujet un meilleur confort psychologique au cours de la cure. Il consiste à hydrater abondamment le patient, à lui administrer de la vitamine B1 (dont le métabolisme est inhibé par l'alcool) associée à des tranquillisants. Le patient doit rester au calme dans une pièce relativement bien éclairée.PsychothérapieLa psychothérapie est indispensable au cours de la cure. Exercée en groupe ou individuellement, elle vise à informer et soutenir le patient, et à favoriser une rapide resocialisation.Le moment essentiel de la prise en charge est la postcure, durant laquelle il faut parfois prescrire des anxiolytiques et des antidépresseurs. Certains traitements ont pour objet de diminuer l'appétence pour l'alcool et d'éviter les rechutes.Une psychothérapie de soutien est toujours nécessaire (séjour en centre de postcure ou diverses méthodes psychothérapiques plus structurées). Le recours à des groupes d'anciens buveurs demeure d'une utilité incontestable. Parmi eux, les Alcooliques anonymes connaissent un grand succès, notamment dans les pays anglo-saxons. Les membres se réunissent régulièrement pour parler de leur nouvelle attitude face à l'alcool et s'entraident, en cas d'échec ou de rechute, sans complexe de supériorité puisqu'ils sont tous d'anciens buveurs récidivistes. Ils retrouvent un rôle à la mesure de leurs possibilités, dans la fraternité avec des sujets plus atteints et moins désintoxiqués qu'eux. Ainsi arrivent-ils à reconstituer une vie fragile, mais valorisée, dans leur guérison.Le traitement de l'alcoolisme relève autant d'une sociothérapie que d'un traitement individuel. On insiste beaucoup sur l'importance de la prévision et du traitement des rechutes, très fréquentes, sans rupture d'un contact toujours fragile avec le malade.Implication de la familleLa famille de l'alcoolique est impliquée à divers titres dans le comportement pathologique du sujet. L'alcoolisme de l'un de ses membres retentit gravement sur l'équilibre familial et sur la santé mentale du conjoint et des enfants. En même temps, certaines attitudes du conjoint, antérieures ou secondaires à l'alcoolisme du patient, favorisent la pérennisation de l'alcoolisme et peuvent être un obstacle au traitement. Des mesures thérapeutiques concernant la famille de l'alcoolique s'imposent souvent et sont exercées en parallèle : information et entretiens suivis avec les membres de la famille ; prise en charge familiale dans certains cas (thérapies familiales structurées) ; intervention des groupes d'anciens buveurs auprès des familles ; mesures sociales et médicales d'assistance vis-à-vis des conjoints, et tout particulièrement des enfants.
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